Budapest, Veszprém, Fehérvárcsurgó : trois villes de Hongrie accueillent une quarantaine d’événements pour célébrer le Bicentenaire de la Photographie : expositions, festival, concours de vidéos, ateliers, rencontres… Et nombre de ces rendez-vous explorent les liens précieux que le pays a tissés avec la France. Cette histoire commune est faite de circulations, d’influences et de regards croisés. Pour comprendre sa résonance, nous avons posé quelques questions à Colin Pitrat, attaché culturel à l’Institut français de Hongrie.
Qu’ont apporté les photographes hongrois à la modernité photographique ?
Dans l’entre-deux-guerres, de nombreux artistes hongrois s’installent en France, et particulièrement à Paris. Ils y découvrent une scène artistique foisonnante, propice à l’expérimentation, tout en apportant leur propre regard. Kertész, arrivé à Paris en 1925, photographie le quotidien et la rue, les gestes ordinaires, les ombres. Brassaï explore le Paris de la nuit, les avant-gardes, mais aussi les cultures populaires et marginales. Capa occupe une place majeure dans le développement du photoreportage, Rogi André porte un regard très intime sur de grandes figures artistiques, tandis que Lucien Hervé renouvelle un peu plus tard la photographie d’architecture, notamment à travers sa collaboration avec Le Corbusier.
Dans le Paris artistique de l’époque, ils contribuent ainsi à renouveler les esthétiques et les façons d’aborder le médium. La photographie n’est alors pas seulement un témoignage : elle est partie prenante de cette modernité, à la fois artistique et sociétale.
Cette histoire s’est-elle aussi nourrie d’allers-retours entre la France et la Hongrie ?
L’arrivée de nombreux photographes hongrois en France dans les années 1920 et 1930 constitue l’un des faits marquants de cette histoire. Mais les circulations ne se sont pas faites à sens unique. Kertész conserve toute sa vie des liens très forts avec la Hongrie : il y revient, y expose et entretient une importante correspondance. Henri Cartier-Bresson, profondément marqué par une photographie de Martin Munkácsi, photographiera à son tour la Hongrie et exposera à Budapest en 1964.
Installés en France, plusieurs de ces photographes ont conservé des liens avec leur pays d’origine. La place importante qu’occupe la photographie dans les deux pays a sans doute favorisé ces échanges au fil du temps.
Comment cet héritage photographique se transmet-il aujourd’hui en Hongrie ?
La photographie occupe toujours une place particulière en Hongrie. Plusieurs institutions entretiennent et valorisent cet héritage : le Musée hongrois de la photographie, la Maison Mai Manó, le Centre Robert Capa, mais aussi le musée Kiscelli et de nombreuses galeries. Tout un écosystème contribue ainsi à faire vivre la photographie et son histoire.
Cette attention ne date pas d’hier : la Maison Mai Manó a été construite à la fin du XIXe siècle pour la photographie. Sur sa façade, un petit ange tient même un appareil photo ! Si cet héritage reste si vivant en Hongrie, c’est parce que le pays a eu de grands photographes, mais aussi parce qu’il a su transmettre et valoriser leur œuvre.
Comment le Bicentenaire de la Photographie fait-il vivre cette histoire commune tout en regardant vers l’avenir ?
L’idée était de dépasser la seule célébration de l’invention de la photographie pour tirer des fils jusqu’à la création contemporaine. La programmation permet ainsi de parcourir différents moments de cette histoire commune. L’exposition Double éclairage confronte les regards de Brassaï et de Kertész sur la France, tandis que Le Paris des photographes hongrois revient sur cette génération qui a fait de Paris un terrain de création.
Le Bicentenaire de la Photographie permet aussi de redécouvrir des figures comme Nora Dumas et de faire une large place à la création contemporaine. La Maison Mai Manó consacre toute une saison à la photographie française et le symposium Photographie 200 Tradition et renouvellement, organisé pendant le Budapest Photo Festival, abordera notamment l’intelligence artificielle et les nouveaux matériaux. Une manière de faire dialoguer cet héritage avec les transformations actuelles de la photographie.
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