LE PARIS DES PHOTOGRAPHES HONGROIS
Modernités à l’œuvre - dans le cercle de Mihály et Katinka Károlyi, 1925-1949
André Kertész, Brassaï, Rogi André, Ergy Landau, Ylla, János Reismann
À l’occasion du bicentenaire de la photographie, le Károlyi Kastély (Fehérvárcsurgó, Hongrie) approfondit les rapports entre la France et la Hongrie dans le domaine de la photographie. Le Paris des photographes hongrois s’intéresse à la modernité photographique qui s’affirme à Paris dans l’entre-deux-guerres, faisant apparaître en filigrane les liens établis entre le couple Mihály et Katinka Károlyi, exilés politiques engagés à gauche, et plusieurs photographes majeurs de la diaspora hongroise : André Kertész, Brassaï, Rogi André, Ergy Landau, Ylla, et János Reismann. L’exposition questionne également les interactions entre les idées politiques et sociales émergentes et la modernité photographique, notamment à travers les pages de l’hebdomadaire illustré français Vu, vecteur d’idées nouvelles.
Premier président de la République hongroise lors de l’effondrement de l’Empire austro-hongrois en 1918, Mihály Károlyi (1875–1955) est contraint à l’exil après la chute de son gouvernement en 1919 et l’instauration du régime conservateur de Miklós Horthy. Il séjourne à Paris avec son épouse Katinka (1892–1985), née Andrássy, l’une des plus illustres familles aristocratiques hongroises, de 1924 à 1939. En rupture avec les valeurs de leur classe sociale, porteur d’idées nouvelles, le couple défend le principe d’une Hongrie démocratique, républicaine et socialement réformée, s’inscrivant dans les réseaux de la gauche européenne. Par les nombreuses conférences qu’elle donne aux États-Unis et ses voyages, Katinka Károlyi s’impose quant à elle comme une femme indépendante et profondément engagée.
Maîtrisant parfaitement le français, Mihály et Katinka Károlyi sont très intégrés au milieu intellectuel et culturel parisien, et s’attachent à soutenir les membres de la communauté hongroise. Le couple rencontre à ce titre de nombreux artistes, dont plusieurs photographes avec qui il se lie d’amitié, tels que André Kertész, Brassaï, Rogi André, Ergy Landau et Ylla. Avec ces derniers, les Károlyi partagent l’expérience du déracinement, une identité hongroise commune, une vision politique et un même besoin d’expression.
Proches de l’éditeur Lucien Vogel, Mihály et Katinka Károlyi collaborent régulièrement au magazine Vu. Ce sont vraisemblablement eux qui présentent André Kertész à Vogel, qui le publiera par la suite, contribuant ainsi à sa reconnaissance. De conception novatrice, l’hebdomadaire illustré se distingue par la place prépondérante qu’il accorde à la photographie et à la mise en page, ce qui concourt à en faire un vecteur d’idées nouvelles, tant sur le plan formel que conceptuel.
Réhabilité par le gouvernement communiste instauré en Hongrie après la Seconde Guerre mondiale, Mihály Károlyi est nommé ambassadeur de Hongrie en France en 1947. C’est à cette période qu’il fait la connaissance du photographe János Reismann, alors en poste au service de presse de l’ambassade. Károlyi démissionne en 1949, en protestation contre les dérives staliniennes du régime, et se retire dans le sud de la France où il meurt en 1955.
L’exposition présente une sélection de 40 clichés pris à Paris par les photographes fréquentés par le couple Károlyi. Elle témoigne du Paris de l’époque à travers le prisme de la modernité photographique. Une place particulière est faite aux publications dans le magazine Vu, soulignant les interactions entre la photographie de presse et la photographie d’art, et posant la question du lien entre des idées politiques et sociales engagées à gauche et cette modernité photographique.