Depuis ses débuts, la photographie s’impose comme un outil privilégié pour documenter le réel. Plus rapide et plus précise que le dessin, elle participe par exemple directement à la protection de notre patrimoine. Elle fournit notamment une base visuelle aux architectes pour préparer les restaurations. Et cette utilisation n’est pas née hier : au XIXe siècle, la Mission héliographique de la Commission des Monuments historiques, une commande publique lancée en 1851, en fait un usage concret. Cinq photographes parcourent alors la France pour capturer l’état d’édifices endommagés par le temps ou la période révolutionnaire.
Près de deux siècles plus tard, cette fonction documentaire demeure, notamment au sein de l’Inventaire général du patrimoine culturel, dont la mission est de recenser, étudier et faire connaître les éléments du patrimoine français. La photographie y accompagne l’étude des édifices et des objets patrimoniaux, dont elle permet de suivre les transformations sur la durée. C’est précisément ce rapport au temps que met en lumière l’exposition En vis-à-vis : la photographie à la chambre hier et aujourd’hui, proposée dans le cadre des Rendez-vous de l’histoire de Blois. En juxtaposant 71 négatifs sur verre de la Belle Époque conservés aux Archives du Loir-et-Cher et des prises de vue réalisées aujourd’hui par des élèves de l’école d’art de Blois, l’exposition permet de mesurer l’évolution de la ville.
De l’illustration à la preuve
La photographie permet aussi de reconstituer l’Histoire à hauteur de ceux qui la vivent. Les grands événements historiques se lisent dans les visages, les rues, les vitrines, les lieux de travail et les trajectoires individuelles capturés par les photographes. La table ronde « Photographier les commerces et les commerçants pendant la Première Guerre mondiale », proposée dans le cadre des Rendez-vous de l’histoire, en donne un exemple. À travers les images des commerces et de ceux qui les font vivre, ce sont des fragments du conflit qui apparaissent : l’approvisionnement du front et de l’arrière, l’évolution des métiers, la place croissante des femmes dans certains secteurs ou encore la transformation des lieux d’échange.
À cette fonction documentaire s’est progressivement ajoutée une autre manière d’appréhender ce médium. « Ces dernières années, la photographie est passée du statut d’illustration à celui de preuve, de question pour l'historien », explique Pierre Singaravélou, historien et membre du conseil scientifique des Rendez-vous de l’histoire. Les historiens se sont mis à étudier les images en tant qu’objets. Le contexte de production, l'intention et la matérialité du cliché deviennent alors autant d’éléments à interroger. Une nouvelle manière d’étudier la photographie qui s’est accompagnée d’un renouvellement de l’écriture de l’histoire. « La photographie nous renseigne souvent moins sur les individus pris en photo que sur le regard que les opérateurs ont porté sur eux », souligne Pierre Singaravélou.
Une preuve qui n’est pas neutre
Le regard se porte alors sur les dispositifs dans lesquels les images prennent place et sur les usages sociaux qui en sont faits : qu’est-ce qui est diffusé, par qui et pourquoi ? Cette question se pose avec une acuité particulière en temps de guerre, lorsque les images sont largement utilisées pour influer sur la perception du réel, notamment à travers la propagande et les batailles de l’opinion. Mais si la photographie peut donner une certaine vision de l’Histoire, elle peut aussi permettre d’en révéler d’autres. « L’image de violence peut être un instrument de domination, mais aussi de dénonciation de ces violences », rappelle Pierre Singaravélou.
Le travail de Germaine Kanova, auquel les Rendez-vous de Blois consacrent une ciné-conférence, en témoigne. En 1945, la photographe du Service cinématographique de l’armée documente la libération du camp allemand de Vaihingen, puis la découverte des corps de résistants fusillés à Port-Louis, en France. Ses images dévoilent des réalités jusque-là ignorées et, ce faisant, contribuent à les inscrire dans la mémoire collective. La photographie ne se contente donc pas d’illustrer l’Histoire : par les choix qui déterminent sa production et à sa diffusion, elle contribue aussi à façonner ce qui en devient visible et ce qui en reste.
25 ans de télévision publique révélés par le fonds photographique de l’INA
Dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie, l’Institut national de l’Audiovisuel propose une exposition retraçant une autre histoire : vingt-cinq ans de télévision publique, de 1949 à 1974. Reposant sur le fonds photographique particulièrement riche de l’INA, elle invite à explorer la naissance de la télévision et son ancrage progressif dans la vie des Français. Elle révèle des visages également moins connus du médium, capturés par les photographes de la RTF puis de l’ORTF : plateaux, décors, laboratoires…
Partager la page

