Aujourd’hui chacun peut produire et diffuser des images en quelques secondes. Les développements technologiques et l’apparition du web 2.0, marqué par l’avènement des réseaux sociaux, y participent de plein fouet. Que signifie aujourd’hui apprendre la photographie quand, en 1826, parvenir à fixer une image constituait en soi une prouesse ? À l'École nationale supérieure de la photographie (ENSP) d’Arles, unique école nationale d’art entièrement consacrée à ce médium, plus de 40 ans d’enseignement racontent aussi les profondes transformations de ce médium. À l’occasion du Bicentenaire de la Photographie, redécouvrons son histoire au regard des révolutions techniques et technologiques.
1982 : une école pour la photographie
Lorsque l’École nationale de la photographie voit le jour à Arles en 1982, la photographie a déjà plus de 150 ans d’histoire. Sa création intervient à un moment où le ministère de la Culture développe une politique volontariste en faveur de la photographie. C’est en effet aussi cette même année qu’est créé le Centre national de la photographie à Paris.
Dans le sillage des Rencontres d’Arles, festival international de photographie créé en 1970, Lucien Clergue, Maryse Cordesse et Alain Desvergnes imaginent un lieu où la photographie pourrait s’enseigner à part entière. Dès ses débuts, l’école ne se donne pas pour seule mission de transmettre une technique. Les photographes qui y enseignent partagent aussi leur regard, leurs connaissances et leur approche artistique : pratique et réflexion, technique et culture de l’image sont étroitement associées.
De l'argentique au numérique, un médium en mouvement
En plus de 40 ans, les outils et les usages ont profondément changé. L’'École nationale supérieure de la photographie a traversé le passage de l’argentique au numérique, l’essor de la vidéo, puis l’apparition de nouvelles technologies de production et de diffusion. La technique reste pourtant au cœur des apprentissages : l’école associe aujourd’hui procédés photographiques traditionnels et technologies récentes, au service de la démarche artistique.
« Ils n'ont absolument pas besoin de l'école pour devenir photographe », affirme Véronique Souben, directrice de l'ENSP, qui le rappelle aux étudiants dès leur arrivée. La formation entend leur donner les moyens de développer une démarche artistique personnelle, mais aussi d'explorer d'autres métiers : édition, archives, commissariat d'exposition ou direction d'institutions culturelles.
À travers un projet curatorial mené sur deux ans dans la galerie de l’école, les étudiants se confrontent à toutes les étapes d’une exposition : conception, production, montage, budget ou logistique. Car apprendre la photographie, c’est aussi apprendre ce que devient une image une fois qu’elle est produite.
Le lien historique avec les Rencontres d’Arles prolonge cet apprentissage sur le terrain.
La photographie à l’heure de l’intelligence artificielle
Inventer les images de demain suppose aussi d'interroger les regards qui les produisent. Aux côtés d'une histoire plus classique de la photographie, des cours explorent ainsi des approches féministes et décentrées, mettant en lumière des photographes et des histoires longtemps moins visibles.
Face à l'intelligence artificielle, défi majeur pour les métiers de la photographie, Véronique Souben revendique plus que jamais l’identité d’une école de la photographie, et non simplement de l’image. Il s’agit de transmettre « toute une culture du photographique » : comprendre l'histoire de cette invention, ses techniques et leurs évolutions pour mieux saisir les nouvelles façons de produire des images et questionner la place de la création.
Aujourd’hui les algorithmes et la post-photographie interrogent les nouvelles formes de production des images. Car à l’heure où quelques mots suffisent à générer une image photoréaliste, qu’apporte encore le photographe ? Une expérience du terrain, une rencontre, un regard singulier sur le réel, un imaginaire fécond. Apprendre la photographie ne consiste pas seulement à savoir produire une image, mais à comprendre pourquoi, comment et pour qui on la produit, que ce soit en argentique, en numérique ou en algorithmes.
Exposition : photographies et histoires matérielles
L’École nationale supérieure de la Photographie d’Arles entend également propulser la jeune création photographique en vue d’aider à l’insertion professionnelle, à la recherche et l’expérimentation et en faisant dialoguer les disciplines. C’est l’objectif du partenariat que l’établissement a tissé en 2024 avec PhotoSaintGermain et l’École nationale supérieure des Beaux‑Arts de Paris. Plusieurs étudiants, sélectionnés par un appel à projets, participent à une exposition collective croisée autour d’un thème commun. Cette année, elle s’intéresse aux héritages extractivistes de la photographie, c’est-à-dire à ses liens directs avec l’exploitation des ressources naturelles, son héritage post-colonial et son impact environnemental.
Histoires matérielles, du 5 au 16 novembre
Beaux-Arts de Paris, en partenariat avec PhotoSaintGermain
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