Tout ce que nous pouvons faire c'est de s'en moquer ainsi

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    Tout ce que nous pouvons faire c'est de s'en moquer ainsi

    54 dates, du 12 mars 2027 au 12 juin 2027

    mars

    avril

    mai

    juin

  • Orthez

    3 rue de bIllère 64300 Orthez, Pyrénées-Atlantiques, Nouvelle-Aquitaine, France

©Clémence Elman et Andréanne Béguin

Quel est le point commun entre David Cameron, Gloria Steinem et Crosby, Stills & Nash ? Dans les limbes d’Internet, on trouve des photos d’eux avec des oreilles de lapin : faites au Premier ministre britannique par un joueur de rugby devant le 10 Downing Street ; que la militante féministe se fait à
elle-même après une mission d’infiltration comme serveuse au Playboy Club de New York ; faites réciproquement entre les membres du groupe rock-folk.
Ce geste des oreilles de lapin, appelé en anglais bunny prank, qui n’existe qu’en photographie, et ce depuis ses débuts, reste pourtant inexploré dans l’histoire du médium. C’est précisément à l’endroit de cette absence que se construit l’exposition de Clémence Elman à Image/Imatge.
À partir d’un point de départ anodin, l’artiste se perd volontairement dans une pérégrination extensive, aussi bien autour des significations possibles de cette mimique que de ses correspondances formelles. En essayant de remonter la piste de ces oreilles de lapin, on leur trouve une possible origine dans les cornes du cocu au Moyen Âge, humiliantes pour la virilité de l’homme trompé, elles-mêmes inspirées du coucou, cet oiseau qui fait son nid dans celui des autres. Clémence Elman, pour créer les images de cette nouvelle série, procède de la même manière, par enchâssement des récits et des références. Elle revisite des clichés existants par des mises en scène en studio ; elle zoome sur les mains et leur chorégraphie ; elle traque, dans le paysage béarnais, des réminiscences visuelles de la verticalité de ces deux doigts dressés. Outre sa conception en arborescence, l’exposition déploie, dans sa formalisation, une multiplicité de typologies d’images, de la prise de vue en studio à la planche-contact.
L’artiste tisse, tout autour de ce signe énigmatique, une toile qui entremêle une réflexion conceptuelle sur l’humour et des emprunts à la culture populaire. Sont mis sur le même plan Chantal Goya et la subversion des rapports de pouvoir dans la photographie. De la même manière, elle enrichit son travail de prises de vue par la constitution d’un corpus d’images extraites du flux d’Internet, mais aussi de fonds d’archives de photographies vernaculaires et familiales. Celles-ci, généralement considérées comme des documents, trouvent dans l’exposition une vie d’œuvre grâce à des interventions plastiques et à leur coexistence, voire leur fusion, avec les photographies de l’artiste. L’intime d’un cliché familial s’insère alors dans le phénomène anthropologique du bunny prank, jusqu’à ce que l’humour soit pris au sérieux pour sa capacité redoutable à déconstruire, déjouer et diffracter des habitudes, des comportements et leurs sens cachés.

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Orthez